appesantir


appesantir

appesantir [ apəzɑ̃tir ] v. tr. <conjug. : 2>
• 1119; de 1. a- et pesant
1Rare Rendre pesant, plus lourd à porter. alourdir. Par ext. « Le doux sommeil n'avait pu appesantir ses paupières » (Fénelon).
2Rendre moins agile. « ses pas appesantis par la tristesse ou la fatigue » (France).
3Appuyer avec force, rendre plus oppressif. Appesantir sa domination. Appesantir sa main, son bras sur... accabler, frapper.
4 ♦ S'APPESANTIR v. pron. rare Devenir pesant. s'alourdir. Ses paupières s'appesantissaient.
Devenir plus oppressif. « La main du temps s'était appesantie sur cet homme autrefois si énergique » (Stendhal).
Cour. S'appesantir sur un sujet, s'y arrêter, en parler trop longuement. ⇒ insister. « Il s'appesantit sur les détails » (La Bruyère). Absolt Inutile de s'appesantir davantage.
⊗ CONTR. Alléger, glisser, passer (sur).

appesantir verbe transitif Rendre plus pesant quelque chose, l'alourdir : La pluie appesantit les vêtements. Rendre moins actifs, moins prompts quelqu'un, ses mouvements : La fatigue appesantit sa marche.appesantir (expressions) verbe transitif Littéraire. Appesantir son bras, sa main (sur quelqu'un), infliger un châtiment, en parlant de Dieu ou d'une autorité supérieure. ● appesantir (synonymes) verbe transitif Rendre plus pesant quelque chose, l'alourdir
Synonymes :
Contraires :
- alléger
Rendre moins actifs, moins prompts quelqu'un, ses mouvements
Synonymes :

appesantir
v.
d1./d v. tr. Rendre moins léger, moins actif. L'âge appesantit sa démarche, son esprit. Syn. alourdir. Ant. alléger.
d2./d v. Pron. S'appesantir sur un sujet, s'y attarder exagérément.

APPESANTIR, verbe trans.
I.— Emploi trans.
A.— [Le suj. désigne une chose] Rendre (plus) pesant.
1. [L'obj. désigne un inanimé] Rendre quelque chose plus pesant :
1. Les cartouches de l'ami de Roglin appesantissaient ma poche.
ABELLIO, Heureux les pacifiques, 1946, p. 255.
2. [L'obj. désigne une pers. ou un aspect, une partie de la pers.]
a) Rendre lourd, pesant. Le sommeil appesantit les paupières :
2. Le dimanche, aux courses, les tribunes se garnirent de femmes chargées, appesanties de perles, de diamants.
A. FRANCE, L'Île des pingouins, 1908, p. 413.
b) Rendre quelqu'un moins apte à l'exercice de ses facultés :
3. À guetter les bruits du soir jusqu'à l'aube, une torpeur appesantit les membres. Le front est lourd, l'échine endolorie. Lecouvreur se lève cependant.
DABIT, L'Hôtel du Nord, 1929, p. 46.
SYNT. L'âge appesantit le vieillard, le sommeil appesantit les sens, l'ivresse appesantit les dormeurs, la torpeur appesantit les membres, la fatigue appesantit les membres; la tête appesantie par le travail.
Emploi abs. :
4. Il est essentiel de ne pas laisser le péché séjourner dans mon cœur. Quelque petit qu'il soit, il appesantit; la lumière de la grâce s'éteint.
DUPANLOUP, Journal intime, 1876, p. 57.
B.— P. métaph. ou au fig. [Le suj. désigne un être vivant] Faire peser plus lourdement.
1. Style biblique. [En parlant de Dieu] Dieu appesantit sa main, son bras. Dieu inflige un châtiment sévère :
5. Oui, ô Dieu, nous serons fidèles (...) Frappe, appesantis ta main; elle nous sera toujours douce.
RENAN, Feuilles détachées, 1892, p. 52.
2. [En parlant d'une autorité, de quelque chose de supérieur à l'individu] Rendre plus oppressif :
6. ... les biens du clergé, qui devaient servir à libérer l'État, à soulager le peuple, n'auront servi qu'à vous rendre vos fers, qu'à appesantir sur nos têtes le joug de la servitude et de la misère.
MARAT, Les Pamphlets, C'est un beau rêve, gare au réveil, 1790, p. 234.
II.— Emploi pronom.
A.— [Le suj. désigne un inanimé concr. ou abstr.]
1. S'appesantir. Devenir pesant. Les yeux s'appesantissent.
P. compar. :
7. L'atmosphère, qui s'était allégée pendant la démonstration du petit homme, s'appesantit de nouveau.
G. ROY, Bonheur d'occasion, 1945, p. 185.
2. S'appesantir sur qqn ou qqc.
a) Peser progressivement sur quelqu'un ou quelque chose. L'âge s'appesantit sur qqn, la nuit s'appesantit sur la plaine :
8. ... un instant après, un bruit de toile froissée parvint aux oreilles de Dantès, le lit cria sur ses ressorts, un pas alourdi comme celui d'un homme qui soulève un fardeau s'appesantit sur la dalle, ...
A. DUMAS Père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 245.
9. Depuis quelques années il sentait s'appesantir sur lui ce poids de la solitude qui écrase quelquefois les vieux garçons. Jadis, il était fort, alerte et gai, donnant tous ses jours au sport et toutes ses nuits aux fêtes. Maintenant, il s'alourdissait et ne prenait plus plaisir à grand'chose. Les exercices le fatiguaient, les soupers et même les dîners lui faisaient mal, les femmes l'ennuyaient autant qu'elles l'avaient autrefois amusé.
MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 2, Duchoux, 1887, p. 698.
b) Péj. Tomber lourdement et brutalement sur quelqu'un, l'accabler. Un malheur, le sort s'appesantit sur qqn.
Style biblique. [En parlant de la « main » de Dieu, de la colère divine] Infliger un lourd châtiment. Le bras, la main, la colère de Dieu s'appesantit sur le pécheur :
10. Alors il dit que Dieu lui avait révélé que si les aides n'étaient point abolies, sa main s'appesantirait sur le roi; qu'il le punirait en sa personne, et le priverait de toute postérité.
BARANTE, Hist. des ducs de Bourgogne, t. 1, 1821-24, p. 351.
B.— [Le suj. désigne une pers.]
1. S'appesantir. Devenir moins apte à l'exercice de ses facultés :
11. Son mari, au contraire, s'appesantissait; le guignon l'engraissait, le rendait plus épais et plus mou. Ces trente années de lutte ne les menèrent cependant pas à la ruine.
ZOLA, La Fortune des Rougon, 1871, p. 59.
2. S'appesantir sur qqc.
a) Physiquement, rare. Se laisser aller pesamment :
12. Et, pour clore ce défilé, comme majesté dernière, le baron Gouraud s'appesantissait au soleil, sur les doubles oreillers dont on garnissait sa voiture.
ZOLA, La Curée, 1872, p. 595.
b) Intellectuellement, usuel. S'arrêter longuement et lourdement sur quelque chose. S'appesantir sur les détails, sur un sujet :
13. Je dis que, lorsqu'une chose passe mon intelligence, j'ai l'habitude de ne pas m'appesantir sur cette chose et de passer à une autre.
A. DUMAS Père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 420.
14. J'ai fini cet après-midi par laisser là les corrections, je n'y comprenais plus rien; à force de s'appesantir sur un travail, il vous éblouit; ce qui semble être une faute maintenant, cinq minutes après ne le semble plus; c'est une série de corrections et de recorrections des corrections à n'en plus finir.
FLAUBERT, Correspondance, 1853, p. 263.
Emploi abs. :
15. Qui se hâte a compris; il ne faut point s'appesantir : on trouverait bientôt que les plus clairs discours sont tissus de termes obscurs.
VALÉRY, Une Soirée avec Monsieur Teste, 1895, p. 89.
PRONONC. :[]. Demi-longueur pour [] ds PASSY 1914 et BARBEAU-RODHE 1930. WARN. 1968 admet l'élision de [].
ÉTYMOL. ET HIST. — 1. 1119 intrans. apesantir « devenir lourd, pesant » (PH. DE THAON, Bestiaire, éd. Walberg, 2046 ds T.-L. : quant il [l'aigle] enveillist E s'ele apesantist) — fin XVe s., O. de St Gelais ds GDF. Compl.; 2. XIIIe s. trans. fig. « rendre (qqn) moins apte à l'exercice de ses facultés, l'accabler » (G. DE CAMBRAI, Barlaam et Josaphat, éd. C. Appel, 4725 ds T.-L. : La tristeche k'il a defors, L'ire k'il a dedens le cors, L'apesantist et tient molt coi, Car il redoute molt le roi); ca 1410 « rendre plus lourd à supporter » (J. LEGRANT, Liv. de bonnes meurs, f° 9a ds GDF. Compl. : Par impacience ne faisons synon apesantir nostre mal et languir); 1690 appesantir sa main sur « punir, frapper » (FUR. : Dieu appesantit quelquefois sa main sur les pecheurs); 1690 pronom. fig. s'appesantir sur (LA BRUYÈRE, Caract., 5e éd., chap. 1, n° 39 ds Trév. 1704 : [Théophile de Viau] charge ses descriptions, s'appesantit sur les détails).
Dér. de pesant; préf. a-1, dés. -ir.
STAT. — Fréq. abs. littér. :228. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 363, b) 317; XXe s. : a) 346, b) 280.

appesantir [apəzɑ̃tiʀ] v. tr.
ÉTYM. 1119, v. intr. « devenir lourd »; XIIIe, « accabler »; de 1. a-, et pesant.
1 Rare. Rendre pesant, plus lourd à porter. Alourdir. || La pluie avait appesanti ses vêtements. || Des cailloux appesantissaient ses poches.
Fig. Alourdir (les paupières), le sujet désigne le sommeil qui fait fermer les yeux.
1 (…) le doux sommeil n'avait pu appesantir ses paupières (…)
Fénelon, Télémaque, XIII.
2 Vieilli ou littér. Rendre moins agile, moins actif. Engourdir. || La vieillesse et l'oisiveté appesantissent le corps, les membres. || L'âge n'a pas appesanti son esprit. || Une torpeur appesantissait ses membres, l'appesantissait.
2 Sommeil léger qui n'appesantit pas l'esprit et qui n'interrompt presque point les actions.
Bossuet, Oraison funèbre de Mlle La Vallière.
3 Appuyer avec force, rendre plus oppressif. || Appesantir son joug, son autorité, sa domination. Opprimer, peser (faire). — ☑ Loc. métaphorique. Appesantir sa main, son bras sur… Accabler, frapper. — ☑ Loc. biblique. Dieu a appesanti sa main sur ce peuple, il l'a frappé de châtiments terribles. Châtier.
3 Il appesantissait sa main sur une infinité de malheureux.
Massillon, Sur les afflictions, in Littré.
4 (…) Mais enfin César a-t-il jamais
De son pouvoir sur vous appesanti le faix ?
Voltaire, Mort de César, III, 8, in Littré.
——————
s'appesantir v. pron.
1 Devenir pesant, lourd (d'une partie du corps). Spécialt. || Ses yeux, ses paupières s'appesantissaient (de sommeil).
5 Chargés d'un feu secret, vos yeux s'appesantissent.
Racine, Phèdre, I, 1.
6 (…) Sa tête s'appesantit et se pencha sur la poitrine de Marie (…)
G. Sand, la Mare au diable, IX, 79.
Vx. || S'appesantir sur son lit.
2 Vx. Peser sur (qqn) en devenant oppressif. || Le destin s'appesantit sur lui.
7 (…) une main céleste et invisible, suspendue sur sa tête, qui allait s'appesantir pour le frapper.
Fénelon, Télémaque, XX, in Littré.
8 Le joug des Romains s'appesantissait tous les jours sur elles (les villes de Grèce et d'Asie)…
Montesquieu, Grandeur et décadence des Romains, 7.
9 La main du temps s'était appesantie sur cet homme autrefois si énergique.
Stendhal, le Rouge et le Noir, t. I, p. 458.
Moderne (abstrait) :
10 Une fatalité s'appesantissait sur eux.
Martin du Gard, les Thibault, VII, 72.
3 (Fin XVIIe). Suj. n. de personne. Cour. || S'appesantir sur un sujet, sur des détails, s'y arrêter, en parler trop longuement. Insister. Absolt. || Inutile de s'appesantir davantage.
11 Il (Théophile) s'appesantit sur les détails; il fait une anatomie.
La Bruyère, les Caractères, I, 39.
——————
appesanti, ie p. p. adj.
Alourdi, lourd, pesant.
12 Elle appuya sur moi sa tête appesantie.
A. de Musset, Lucie.
13 L'ombre au branchage noir, de mousse appesanti.
Hugo, les Contemplations, I, 2.
14 (…) la grâce appesantie d'une femme d'Orient.
France, le Crime de S. Bonnard, I, p. 268.
15 Les pavés sur lesquels il avait tant de fois (…) porté ses pas appesantis par la tristesse ou la fatigue, allégés par un peu de joie ou d'amusement (…)
France, l'Anneau d'améthyste, p. 266.
Fig. || Esprit appesanti.
16 Ces hommes si appesantis vers la terre nous écouteront-ils, quand nous ne parlerons que de croix et de mort ?
Fénelon, XVII, 153, in Littré.
CONTR. Alléger; glisser, passer. — Actif, éveillé.
DÉR. Appesantissement.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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